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Aux racines du déclin de l'engagement. #Edito


Depuis quelques années déjà, peut-être des décennies, être un citoyen ne signifie que peu de choses.

Le citoyen, l’habitant d’un pays se reconnaissant comme l’individu d’une collectivité plus grande que la nation fédère, est l’entité la plus réduite du monde politique; mais aussi sa pierre angulaire. Il est, dans son sens le plus strict, celui qui possède le droit de vote. Mais, il n’est pas que cela. Il apparaît en toutes circonstances, dès lors que se rencontrent une personne et le motif d’un engagement politique.


La valeur oubliée du mot "citoyen"


Pourtant, le citoyen d’aujourd’hui est pensé par beaucoup comme le simple habitant d’un territoire administré, étant lui même administré, et se réfugiant dans la trop grande complexité du monde politique pour ne pas avoir à s’en soucier.


Loin des idéaux révolutionnaires, des prescriptions des lumières et des leçons des républiques précédentes; l’engagement décline dans sa forme la plus traditionnelle. Il n’est plus le fait d’une jeunesse portée par l’espoir; et dès lors qu’on parle de réformes politiques c’est le comportement de rejet qui prime pour une majorité silencieuse.


Il s’agit là d’ailleurs d’un heureux sort, lorsque ce rejet ne se transforme pas en pessimisme.

Un pessimisme qui s’enracine rationnellement en nous, et dont les déterminants principaux sont la crise écologique, la remise en cause du modèle économique et de la représentation politique.

Mais fort heureusement, l'engagement ne décline pas sur tous les pans de la vie: dans certains cas, il mute.

Les mouvements de l'engagement.


La voix de la jeune génération se déplace. Elle portait auparavant principalement sur la demande de droits nouveaux, qu’ils soient économiques, sociaux ou culturels. Aujourd’hui, cette voix se réduit.


Elle resurgit ailleurs cependant, sous une forme nouvelle et affranchie de l’intermédiaire politique; réclamant cette fois-ci des droits dits de “solidarité”, dont les objets portent pour la plupart sur la garantie du respect de certaines minorités ou sur la bonne gestion des biens collectifs essentiels à la sauvegarde de l’environnement.


Le monde doit se féliciter de l’avènement de ces nouveaux mouvements: jamais une jeune Suédoise de 17 ans ou une jeune Indienne de 21 ans ne se sont vues confiées, comme aujourd’hui, des tribunes ouvertes sur l’humanité. Ces jeunes figures ont montré qu’il existait un chemin permettant à ceux qui le souhaitent, d’être entendus par la force de la persévérance.


Mais ces mutations n’ont pas pu empêcher le déclin de l’engagement sur le plan strictement politique, c’est à dire étymologiquement sur le plan de l’administration de la cité.


Car si l’on se soucie désormais de questions fondamentales, on ne semble plus se pencher sur les questions quotidiennes qui font la vie du pays.


Un vide s’est créé dans ce domaine, et la place que prenait la génération précédente dans la contribution au débat public est restée vacante. Bien sûr, il est possible d’invoquer, à l’appui de ce constat, le fait que les causes à défendre se sont vues réduites par les acquis obtenus années après années à force de progrès. Or, un tel propos revient à considérer que l’action politique ne devrait exister que dans l’évolution, et jamais dans le contrôle et la surveillance de la récession.


Aussi, les nouvelles formes de l’engagement que nous avons décrites ont, quant à elles, mises en évidence un élément plus dramatique pour nos sociétés. Certains de ces jeunes nouveaux leaders, exposés à la lumière crue des projecteurs médiatiques, révèlent au grand jour l’existence d’un mouvement de fond, latent en chacun de nous: celui de l’immobilisme et du choix de l’intérêt privé.


Car au terme de l’analyse, que l’engagement mute ou décline, son mouvement est toujours le fait d’un dénominateur commun: l’accroissement, dans la jeunesse, des choix individualistes.

Désormais l’individualisme est un état d’esprit dominant, transcendant l’absence ou l’existence de revendications. Il se révèle partout, à tous les niveaux de lecture de la société. Mais il est lui même plus visible chez certains que chez d’autres.


On le voit renforcé pour plusieurs membres de la jeune génération, qui se sont vu parfois appelés les “individualistes solidaires”. Il s’agit là de ceux pour qui la solidarité n’est plus une exigence, réfugié dans la défense de leurs intérêts privés sous l’effet d’une société de consommation centrée sur les besoins de l’individu et de l’absence de croyance en l’avenir.


On a aussi vu cet individualisme renforcé au sein d’un segment plus âgée ayant vécu avec l’émergence d’un modèle économique et social favorable à l’accumulation d’intérêts privés, et donc à l’individualisme.


Mais ceux là, pour qui l’individualisme et le déclin de l’engagement est le plus marqué, ne sont pas les seuls à en connaître les symptômes.


Les conséquences du désengagement


Il existe, par delà les minorités présentées, une foule de personne de tous âges et de toutes classes qui attendent toujours énormément du dirigeant politique. Cette majorité silencieuse est celle de l’incertitude face au choix électoral.

Elle est la conséquence directe du désintérêt de la population pour les questions relatives à l’administration du pays. Elle est faiblement partisane et a pour seul intérêt de pouvoir s’épanouir dans un système optimiste, responsable et protecteur.


Mais elle est aussi la première victime de désillusions, lorsque ses votes mènent au pouvoir de simples ambitieux, les enfants des partis politiques ou les nouveaux démagogues formant leurs promesses sur les émotions des peuples.


Des désillusions qui auront par ailleurs pour conséquence directe de renforcer, à terme, le désintérêt de chacun pour la matière politique. Tout le système démocratique fondé sur l’engagement et le vote tend ainsi à se transformer en un cercle vicieux dans lequel la médiocrité et l’absence de conviction s’accroissent à chaque cycle, jusqu’au terme où seule la colère motive le choix électoral.


C’est alors le “populisme” qui s’installe, faisant craindre une démocratie aux contre-pouvoirs affaiblis et des excès de déraison dans la conduite des réformes .


Ce constat d’une majorité incertaine pousse nécessairement, tel qu’il est lu, au pessimisme. Pour autant, il s’illustre pleinement chaque jour et se reflète dans l’état actuel de l’édifice politique, ébranlé par une crise de confiance sans précédent en France depuis la fin de la seconde guerre mondiale.


De toutes les raisons qui peuvent être invoquées pour justifier le rejet croissant du souci politique, il y en a une qui est universelle: c’est l’incapacité des institutions à pouvoir fédérer.



LIGERE

LIGERE est une association travaillant à l'élaboration d'un nouveau paradigme politique propice à l'expression citoyenne et à l'engagement. 

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