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"C'était l'occasion d'avoir son mot à dire" - discussion avec les membres de la CCC.

Mis à jour : il y a 2 jours

"Beaucoup se plaignent de subir toutes les décisions politiques, et là c’était l’occasion d’avoir son mot à dire" - Agnès Catoire et Matthias M. sont deux des cent cinquante citoyens tirés au sort pour participer à la "Convention Citoyenne pour le Climat", mesure phare d'Emmanuel Macron pour élaborer une politique écologique ambitieuse.


Chargés de rédiger des propositions audacieuses, les membres de la convention ont vu 146 d'entre elles retenues (sur un total de 149). Quelles suites attendre de cette première session de convention citoyenne? Un tel modèle, qui constitue sans nul doute une grande innovation politique, doit-il être reproduit à l'avenir et généralisé? Retrouvez ci-dessous nos questions à Agnès et Matthias !

CCC - @ParisMatch

Paul Klotz (Ligere.fr): Pour Ligere.fr, nous nous intéressons aux innovations politiques et la CCC (convention citoyenne pour le climat) en est une ! Elle est la combinaison parfaite entre l’innovation politique et l’apport de solutions face aux dangers environnementaux et sociaux. Pouvez-vous tout d’abord nous parler de la sélection au sein de la CCC, comment avez-vous été choisis?


Matthias M.: Des numéros de téléphone ont été générés aléatoirement et nous avons ensuite été appelés ou contactés par textos. Il a ensuite fallu répondre à un certain nombre de questions pour savoir si l’on correspondait au besoin de représentativité de la CCC, en fonction de critères tels que l’âge ou encore le sexe.


Agnès Catoire: La sélection s’est aussi faite via des organismes pour des gens qui n’avaient pas de téléphone. Puisque dans le cadre de la représentativité maximale de la société, il fallait aussi inclure les personnes qui n’en avaient pas.


PK: Et une fois sélectionnés, comment la CCC s’inscrivait-elle dans votre emploi du temps? Etiez-vous exonérés de travail auprès de votre employeur?


MM: Au niveau de l’indemnisation, nous avons eu plusieurs sessions de trois jours durant lesquelles nous n’allions pas au travail, avec une compensation équivalente aux jury d’assises. Mais ces sessions s'étalaient sur la fin de semaine: le vendredi, le samedi et le dimanche.


PK: Il a donc fallu souvent sacrifier des weeks-ends!


MM: Oui, sept week-ends en présentiel plus deux pendant le confinement.


PK: Maintenant que nous avons compris les modalités de fonctionnement de la CCC, j’aimerais vous interroger sur l’image que vous avez eu de cette innovation politique. Il y a, dans ce projet, une volonté de représentativité maximale de la société française: vous êtes-vous dit “oui, c’est une bonne manière de prendre des décisions politiques”? Ne pensez vous pas que les décisions doivent rester le fait des “élites” initiées aux sujets sur lesquels vous avez travaillé?


AC: Ma première réflexion, c’était de penser qu’il s’agissait d’une superbe opportunité! Beaucoup se plaignent de subir toutes les décisions politiques, et là c’était l’occasion d’avoir son mot à dire et d’entendre tout le monde sur des sujets fondamentaux. C’est l’intérêt de la représentativité.


MM: Pour ma part, j’étais un désabusé de la politique. Je rentre dans la case des personnes qui ne vont plus voter, celle qui croit que les élites ne sont pas forcément les plus qualifiés -hormis peut-être pour nous faire foncer dans le mur ! Je suis aussi, par ailleurs, un très fervent défenseur des concepts dits de “démocratie participative”; c’est à dire inclure le citoyen dans la prise de décision. Quand on m’a appelé j’ai halluciné et je n’en revenais pas ! Je mesure cela aujourd’hui en voyant le pouvoir donné à la CCC, et je pense d’ailleurs que je n’en reviens toujours pas.


PK: J’ai lu le rapport recensant les propositions de la CCC et j’ai été très étonné de voir la grande technicité de certaines d’entre elles, avec une forte mobilisation de compétences économiques, juridiques ou scientifiques. Y a t-il eu des spécialistes qui sont venus, pour appuyer votre travail, vous apporter leur expertise technique?


AC: Oui, beaucoup ! Plusieurs experts du climat, de l’économie, de la vie politique; avec de nombreux avis divergents. Nous avons aussi eu la possibilité de choisir les personnes que nous voulions interviewer sous la forme d’un speed dating avec des ONG, des associations, des personnalités… Il nous a donc été laissé une grande liberté de choix.


PK: Et comment avez-vous choisi vos thèmes de travail? J’ai vu que tu étais sur “Consommer” Agnès, et toi, Matthias, sur “se déplacer”.


MM: Par tirage au sort, dans la lignée de la sélection des membres.


PK: La première session de CCC est désormais terminée. Avez-vous un sentiment de fierté face au travail accompli ou regrettez-vous un manque d’ambition dans les propositions?


MM: La fierté, je ne suis pas à l’aise avec ce sentiment là. En revanche, j’ai eu un réel sentiment de soulagement et je suis heureux du travail accompli. Je ne peux pas dire que nous sommes allés trop loin ou pas assez loin, cela dépend des mesures. Je pense que notre diversité a cependant permis de trouver le point d'équilibre entre tous ceux qui partent de très loin et tous ceux qui sont très avancés sur ces sujets. Cet équilibre est essentiel pour amorcer le changement.


AC: Je trouve que nous sommes arrivés dans la CCC en connaissant très peu de choses pour la plupart, et nous en sommes partis avec beaucoup de connaissance. J’ai un seule petite déception; c’est au niveau des mesures qui pouvaient être soumises à référendum: je regrette qu’elles ne le soient pas toutes ! C’est ma seule déception.


PK: Justement sur ce point: la seule mesure qui serait, aux dernières nouvelles, soumise à référendum, porterait sur la reconnaissance de la protection de la biodiversité et de la lutte contre le changement climatique; au sein de l’article 1 de la constitution de 1958.

Dans une proposition “vers une véritable constitution écologique”, nous avions conclu sur ce point le risque du peu “d’effets” qu’engendrerait une telle mesure en ce qu’elle ne serait pas suffisamment contraignante car trop abstraite. Qu’en pensez-vous?


AC: Je doute aussi du réel impact de la mesure, d’autant que la consécration constitutionnelle de ces sujets existe déjà dans la charte de l'environnement. Mais je pense surtout que nous devrions regarder le symbole que représente une telle mesure: il s’agit de l’article 1 de la constitution.

Aussi, le contenu symbolique peut induire de réels changement s’il pousse par exemple à une multiplication des contrôles de constitutionnalité, ou à l'établissement d’un organisme chargé de le défendre, à l’image du défenseur des droits.


PK: De manière plus générale et, je dois l’avouer, un peu plus réactionnaire, ne craignez-vous pas que les mesures proposées par la CCC poussent à une infantilisation des citoyens? On critique souvent l’aspect punitif des mesures écologiques et le risque de petit “caporalisme” des citoyens écologistes à l’égard d’autres groupes qui ne se comporteraient pas de manière responsable.


MM: Pour répondre à l’expression “petit caporalisme”, si l’on commence à s’inquiéter de voir nos faits et gestes surveillés en matière de respect de l'environnement, c’est qu’on ne réalise pas que nos gestes sont déjà surveillés depuis des années pour que nous soyons des bons petits consommateurs !


PK: Ah, c’est bien vrai ! Un dernier point: pouvez-vous chacun me citer la mesure que vous avez porté ou qui est selon vous la plus emblématique?


AC: Pour moi, c’est le moratoire sur la 5G. Ce n’est pas une mesure pour laquelle j’ai particulièrement travaillé pendant la convention mais je me suis progressivement accaparée le sujet. C’est un sujet qui fait peur, qui alarme beaucoup de gens et nous n'avons pas de réponse du gouvernement: elle n’a pas été rejetée mais personne ne sait ce qu'elle deviendra.


MM: Pour ma part, je vais citer une famille de mesures: celle qui vise à réduire les effets néfastes des vols aériens. Il faut faire en sorte que le trafic aérien, extrêmement préoccupant, évite de bénéficier encore et toujours d’une croissance exponentielle. Cela ne sert à rien d’arrêter de prendre la voiture si c’est pour prendre l’avion !



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