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Entre a prioris et réalités: la légalisation du Cannabis est-elle envisageable?

César Abat


Ayant le débat d'idées pour raison d'être, Ligere publie aujourd'hui un edito de César Abat démontrant les limites que comporte une légalisation sans conditions du cannabis. Notre auteur s'emploie ici à expliciter les dangers que ferait peser la légalisation sur la santé et la sécurité publiques. Il s'interroge par ailleurs sur les solutions à explorer, entre proibition complète et liberté de consommation.


Cet article fait suite à un premier texte publié sur Ligere par Alan Lavenan, en faveur de la légalisation du cannabis: Légaliser le cannabis, une urgence contemporaine face à une hypocrisie dépassée.


Cannabis, une légalisation trop peu controversée.


Si un Français sur deux est favorable à la légalisation du cannabis (1) c’est principalement par manque de prévention et de sensibilisation. Les effets secondaires de la consommation de cannabis ne sont pas négligeables : troubles psychiatriques, complications sur le plan physique et « retrait social ». Par ailleurs légaliser ou dépénaliser le cannabis n’endigue en rien le problème de la criminalité, les pionniers en la matière (Canada, Etats-Unis et Pays-Bas) en font l’expérience.


En 2017 la France comptait près de 5 millions de consommateurs occasionnels de cannabis dont 700 000 usagers quotidiens (2).


Si le cannabis est une substance nuisible à la santé, le cannabis médicinal est un atout majeur pour la médecine.


Les composantes du cannabis (CBD et THC) se révèlent être très efficaces pour les cas d’épilepsie graves, la spasticité, la sclérose en plaque ainsi selon une étude publiée par The European Journal of Internal Medecine, elles seraient propices pour soigner des douleurs liées au Cancer, pallier la maladie de Parkinson, faire face au stress post traumatique, aideraient les personnes atteintes de la maladie de Crohn et bien d’autres (3). Malgré ce constat seuls 21 pays en Europe, dont bientôt la France, légalisent l’usage du cannabis dans un cadre médico-légal.

En 2018 l’ex-ministre de la santé, Agnès Buzyn déclarait que le cannabis thérapeutique n’avait aucune raison d’être écarté des moyens médicaux légaux (3).

Demeure la question de la légalisation de son usage récréatif. Ainsi, sera ici exclu le cannabis à vocation thérapeutique afin de ne pas associer la consommation récréative aux traitements médicaux.



Cannabis.info

Compte tenu des dangers avérés tant sur le plan physique que psychologique, le corps médical est unanime pour refuser l'appelation de drogue douce.

Selon l’INPS, en 2018 la teneur en THC des produits en vente est 4 fois plus élevée qu’il y a 20 ans. Elle serait passée selon la note des services de lutte contre les trafics de stupéfiants de 11% à 26,5% entre 2011 et 2019 (4). On pouvait oser dire que le cannabis était une « drogue douce » dans les années 80 alors que le taux de THC n’excédait pas les 5% (5) mais aujourd’hui cette affirmation se révèle effrontée.

Selon le Ministre Néerlandais des Affaires économiques, Maxime Verhagen, « Nous considérons le cannabis avec une teneur en THC supérieure à 15% comme une drogue dure présentant des risques inacceptables ». On constate que le cannabis sans considérations de son taux de THC reste une drogue même aux Pays-Bas.


Facteurs qui prédisposent à la consommation de cannabis

Il s’agit d’une drogue dont les effets indésirables sur la santé mentale des sujets est indiscutable.

Des études menées en 2012 par des chercheurs de l’université de Bristol ont « mis à l’évidence des perturbations cérébrales majeures chez le rat et la souris soumis à des substances type cannabis » (6). Amputant les rongeurs de leurs capacités de reconnaissance géospatiales requises dans un labyrinthe. Idem pour les consommateurs de cannabis réguliers, qui souffrent de déficits mnésiques.

« Beaucoup d’entre nous sont trop légers face au cannabis. Ce n’est pas une agréable substance récréative, c’est une véritable drogue avec des effets neurobiologiques et des risques sur le plan sanitaire » explique le Professeur Jean-Pierre Olié, psychiatre à l’Hôpital de Sainte-Anne à Paris qui dénonce la banalisation de cette substance (7). « Le cannabis expose notamment à un très grand risque d’émergence de pathologies schizophréniques chez le sujet entre 16 et 25 ans », alerte encore le psychiatre.

De même, selon The Lancet Psychiatry, Molecular Psychiatry, le développement de psychoses est incontestablement en lien avec une consommation précoce et régulière. D’autant plus que ce risque est croissant avec des concentrations plus élevées en THC. Pouvant précipiter des troubles psychiatriques, tels que l’anxiété, la dépression, la paranoïa, des pulsions suicidaires ainsi que des syndromes psychotiques (8). Ces affirmations se trouvent d’autant plus renforcées suite à la déclaration d’Amal Abdel-Baki, professeure du Département de Psychiatrie de l’UDEM et chercheuse au CRCHUM : « 45% des jeunes qui vivent un premier épisode psychotique présentent également un trouble lié à la consommation de cannabis » (9). Partant de ce constat, il semble judicieux de traiter avec fermeté la question du cannabis.

En ce qui concerne l’addiction, Amine Benyamina, psychiatre-addictologue à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif explique : « Plus sa qualité augmente, plus l’addiction, ses effets planants et les risques de développer une maladie psychiatrique sont grands » (10).


Évolution des taux de cannabis entre 1960 et 1980 aux Etats-Unis, aujourd’hui certains produits sur le marché peuvent atteindre 80% de THC.

Source : Rapport de la CIA daté du 4 septembre 1981 « Marijuana information paper »



Parallèlement aux risques de développement de pathologies psychiatriques, la consommation de cannabis est aussi liée à des complications sur le plan de la santé physique.

La légende des bienfaits du cannabis s’effondre quand il s’agit d’analyser les poumons des consommateurs. La fumée de l’herbe et de la résine produit sept fois plus de goudron et de monoxyde de carbone que le tabac. Question proportionnalité, 3 joints seraient l’équivalent d’un paquet de cigarettes selon le magazine « 60 millions de consommateurs ». (11)

Ainsi selon MILDECA « jeunes, addictions & prévention » une consommation à long terme provoque les mêmes risques que ceux issus d’une consommation de tabac. Soit un risque accru de maladies neuro-cardiovasculaires et de cancer. (12) Par ailleurs les récentes études sur le cannabis exposent que les consommateurs sont enclins à « faire un malaise vagal ou une attaque de panique avec hyperventilation » (13). Ainsi selon les travaux rendus publics par la revue The Lancet, le cannabis multiplierait aussi par 5 le risque d’infarctus du myocarde. (13) La consommation de cannabis est aussi liée à une chute de la testostérone ainsi que des défenses immunitaires. (14) Chez la femme les dérèglements menstruels et des taux d’œstrogènes sont latents. Les effets de la consommation maternelle sur le développement embryonnaire sont d’autant plus alarmants. On constate une augmentation du risque de grossesse prématurée, d’enfants mort-nés ainsi que le développement de troubles dits TDAH chez les enfants.

S’ajoute aux effets de la consommation de cannabis sur la santé mentale et physique,un effondrement du bien-être social chez l’individu, malmené par une addiction que certains qualifient de «drogue douce ».

Selon l’INSERM et la Mission d’information et de lutte contre les drogues et toxicomanies, le cannabis est le premier produit psychoactif illicite consommé par les adolescents. « Une consommation régulière pour un cerveau encore en plein développement, cela veut dire des altérations cognitives définitives » selon le docteur Jean Pierre Olié. « L’adolescence est une période de vulnérabilité aux effets délétères du cannabis du fait du processus de maturation cérébrale. La précocité de l’expérimentation et de la consommation régulière accroissent les risques de dépendance. De plus, l’usage du cannabis dans un temps marqué par les apprentissages impacte durablement les trajectoires éducatives et socio-professionnelles. Une telle consommation induit des troubles cognitifs caractérisés par les troubles de l’attention, de la mémoire, et des troubles de coordination. Par ailleurs, les jeunes qui consomment régulièrement du cannabis ont souvent des résultats scolaires plus faibles » (15) Parallèlement à ces constats s’ajoute l’exclusion sociale d’individus marginalisés et repliés sur eux-mêmes. Une marginalisation qui porte atteinte aux individus et la société, étant donné que celle-ci doit les prendre en charge et tenter d’assurer leur réinsertion sociale.


Un bilan sanitaire défavorable à la légalisation du cannabis

Bien que nombreux soient les consommateurs qui considèrent le cannabis comme un « anxiolytique de premier soins », ou une substance festive inoffensive, les effets d’une consommation régulière sont problématiques tant sur le plan physique que psychosocial.

Les pertes financières pour la collectivité ne sont pas négligeables entre le manque à gagner lié à une faible productivité et le coût des traitements…

Le plus dangereux reste avant tout la consommation prématurée, avant les 25 ans révolus. Période où le développement de l’individu peut être profondément bouleversé par les effets secondaires et parfois irréversibles du cannabis.

Ainsi l’enjeu est grand, le cannabis est à la fois la drogue la plus convoitée, mais aussi celle pour laquelle les consommateurs suivent le plus de programmes médicaux.

Proportion des traitements dispensés en fonction des drogues dans le monde


L'illusion d'un avantage économique.


Malgré ces constats, certains considèrent encore nécessaire de légaliser cette substance.

En France, le trafic de stupéfiants fait vivre près de 200 000 personnes (16) et représente une économie de 2.3 milliards d’euros soit 0,39% du PIB national. Quand les économistes axent leur raisonnement sur la baisse du chômage et le marché de l’emploi, on constate que ceux-ci se sont mis « le doigt dans l’œil ». Les deux principales sociétés canadiennes de Cannabis vont devoir licencier en 2020 10% de leurs employés pour l’une et 1/3 pour l’autre (17). Les raisons de ces licenciements reposent sur une concurrence farouche du marché noir qui propose des prix incompatibles avec ceux du marché licite (17). Par ailleurs légaliser revient à banaliser cette substance et ainsi accroître le nombre de consommateurs. De plus, la logique économique qui porte un impôt pervers sur les drogues est contraire à l’éthique étant donné que taxer les drogues reviendrait à sanctionner les victimes de la toxicomanie.

Au grand dam de George Soros et de ses arguments démagogiques, la France ne légalisera pas de sitôt le cannabis.


Pour couronner le tout, la négligence des États en matière de prohibition des drogues est une aubaine pour la criminalité et l'économie souterraine.


Le trafic de drogue profite principalement aux mafias internationales et aux narco-trafiquants.

Parmi les groupes criminels les plus impliqués on compte la mafia marocaine (Mocro-Mafia) qui contrôle la majorité du marché de cannabis mondial et dispose d’une place prédominante aux Pays-Bas. On retrouve aussi la ‘ndrangheta, mafia calabraise par excellence portée sur la scène internationale grâce à un capo-régime très structuré. Si certaines mafias tel que la ‘ndrangheta bannissent toutes relations avec les groupes terroristes d’autres comme la Camorra n’hésitent pas à en établir avec Al-Qaida.

Selon un rapport d’Interpol « le trafic de stupéfiants est généralement associé à d’autres formes de criminalité tels que le blanchiment d’argent et la corruption, tandis que les itinéraires de trafic peuvent être utilisés par les réseaux criminels pour transporter d’autres produits illicites. » (18). Il est nécessaire de savoir que ces trafics ne pourraient pas prospérer sans la corruption qui gangrène les structures économique et étatiques. Pour couronner cette emprise, selon l’ONU, en 2017 le crime organisé est à l’origine de 19% des meurtres dans le monde soit un meurtre sur 5 (19).

Le trafic de cannabis, une orchestration internationale

Source : Département américain de la justice


La disponibilité à l’échelle nationale de cannabis reflète la pesanteur d’une organisation criminelle sur structurée prenant part à un large pan de l’économie parallèle.

Pour pallier à cette carence d’autorité publique, l’Etat a renforcé ces dernières années, à tous les échelons, les moyens d’enquête et d’intervention. Ainsi qu’une large campagne de prévention envers les adolescents faisant passer cette catégorie de consommateurs du premier rang des consommateurs Européens au dixième en 2018 (Info gouv cannabis).

Récemment 80 députés du LR s’interrogeaient sur les éventuelles conséquences d’une légalisation. Selon eux, une telle mesure ne réduirait pas la délinquance puisque celle-ci viendrait à s’accommoder de la situation et diversifierait ses activités notamment en vendant des produits d’autant plus dangereux (20).


La totalité des pays qui ont légalisé ou dépénalisé le connabis font face à un échec.


Au Canada, le constat est à l’opposé des prévisions

La législation du cannabis permet depuis 2018 aux consommateurs de détenir jusqu’à 30 grammes de cannabis ainsi que de cultiver la plante. En revanche le législateur a été clair quant à la consommation juvénile, celle-ci demeure interdite et une campagne inédite a été menée pour sensibiliser la population. Près de 550 millions de dollars Canadiens ont été investis dans la justice, les forces de l’ordre, la prévention et la sensibilisation en amont de la légalisation. On relève pourtant une consommation croissante, soit de 4 points.

Au Canada la légalisation du cannabis s’avère être un échec d’un point de vue criminologique et économique. Malgré la légalisation, 60% du marché de Cannabis Canadien et près de 82% de l’industrie du Cannabis échappent au contrôle (21). Alors que le pouvoir politique souhaitait contrôler ce produit « dangereux », le marché s’avère être insoumis à la puissance Étatique. Il est évident que les lois de la concurrence y sont pour beaucoup, alors que le gramme d’herbe en vente libre talonne les 10,23 dollars Canadiens. Ce même gramme est accessible pour seulement 5.58 dollars sur le marché noir. (22)

Pour pallier ce manque à gagner, l'État Canadien a édicté des règles pénales bien plus dures. Ne détournant qu’une minorité d’acteurs de ce marché juteux. Car ils sont nombreux à réorienter leurs activités vers de nouvelles drogues (23). Des substances bien plus toxiques et addictives que la marijuana. Celles-ci qui étaient jusqu’à présent difficilement accessibles sont aujourd’hui à portée de main.

Si la légalisation au Canada avait pour objectif d’évincer la criminalité et de contrôler le marché du cannabis ; le constat est tout autre, le marché du cannabis réside toujours aux mains de l’économie souterraine qui diversifie très largement sa sélection de drogues.


Le constat est identique aux Etats-Unis

Avant la légalisation du cannabis (dans dix États Américains), les cartels mexicains étaient les principaux acteurs du marché. Si la baisse des prix suscite une forte concurrence, on dénote leur résilience inédite. Le marché reste encore très largement aux mains de l’économie souterraine qui là aussi se diversifie. Les cartels qui tiraient leurs revenus quasi exclusivement du cannabis, multiplient leurs sources, et basculent vers le trafic de cocaïne, d’héroïne ainsi que des drogues de synthèse.

Par ailleurs, depuis la légalisation a vu naître une recrudescence de la criminalité dans certains Etats tel que la Californie (24). Si dans les affaires de drogues la baisse des homicides a été un effet immédiat de la légalisation, celle-ci a nettement augmenté par la suite.


Il en est de même en Uruguay

Depuis la légalisation, les violences envers les consommateurs ont baissé contrairement aux violences inter-trafiquants qui ont très largement augmenté (25). D’autant plus que l’on constate une forte croissance du nombre de consommateurs, avant légalisation 9.3% des adultes Uruguayens consommaient du cannabis contre 15.5% actuellement (26).


Les Pays-Bas sont devenus un « Etat-Narco »

La législation en vigueur quant au cannabis et ses usages date de 1976. Les autorités tolèrent son usage ainsi que sa commercialisation (limitée à 5 grammes) sans pour autant la légaliser. Ainsi la culture industrielle et la vente en gros demeurent interdites. De fait, ce sont alors les organisations criminelles qui sont les principales bénéficiaires de cette réglementation, puisqu’elles se chargent de l’importation du Cannabis aux Pays-Bas. Celles-ci n’hésitant pas à s’adonner à d’autres activités tel que le trafic d’armes ou de Cocaïne… Force est de constater que les Pays-Bas sont à la fois le hub Européen de cannabis, le premier producteur mondial de drogues de synthèse ainsi que la plaque tournante Européenne de cocaïne selon Interpol (27). Toujours selon Interpol, le marché de la drogue représente la première activité du marché noir en Europe et la Hollande en est le principal protagoniste. C’est aussi la première destination du blanchiment d’argent au monde. Etant donné qu’il s’agit de l’un des plus grands terreaux de criminalité mondiale. Accueillant la Mocro-Mafia, les mafias turques, chinoises, Italiennes, Albanaises, Russes, Corses, Tunisiennes… Il est donc difficile de qualifier les Pays-Bas comme étant un exemple en matière de réglementation des drogues.


Des criminels intrépides.

Certains maires ont un temps souhaité fermer les coffee shops aux mains des trafiquants. Cependant ces décisions n’étaient pas au goût des criminels qui n’ont pas hésité à faire « chanter » les élus locaux. Au Pays-Bas, c’est 1 maire sur 4 qui, en 2017, avoue déjà avoir été menacé par la pègre. (28) Au même titre que le Panama, aux mains du Général Noriega qui répondait aux ordres des cartels Colombiens, les Pays-Bas sont pieds et mains liés au crime organisé. Certains iront jusqu’à qualifier les Pays-Bas de « Narco Etat ». (29)


En plus de gangréner les institutions publiques, le crime organisé impose son paradigme à la société civile.

En 2018, les journaux Panorama et Niew Revu ont été attaqués à la roquette (Redouan Taghi en serait le commanditaire) (30). La même année le siège du journal « The Telegraph » fait l’objet d’un incendie criminel. Ces journaux publient fréquemment des reportages sensibles sur le monde de la criminalité. En 2017 ce sont 2 journalistes spécialisés dans les affaires criminelles qui, craignant pour leurs vies, ont obtenu une protection policière permanente (31).

Aujourd’hui en Hollande, la censure médiatique est systématisée par la pègre. La presse n’est pas la seule victime. Dans une affaire de trafic de drogues, l’avocat d’un témoin a été sauvagement assassiné. Ce ne sont que quelques exemples qui mettent en lumière la puissance et l’emprise de la pègre sur la société civile aux Pays-Bas.


Dans des cas extrêmes, la pègre prend le contrôle de zones urbaines toutes entières. (Le Quartier Christina de Copenhague, au Danemark, est autogéré par le gang des Hells Angels depuis que la vente de cannabis y est tolérée) (31-bis)


Le bilan désastreux d’une législation favorable au cannabis

La plupart des pays qui sont favorables à l’usage du Cannabis limitent sa teneur en THC à 15% (Canada et Pays-Bas). En revanche l’Etat n’est ni en mesure de contrôler les produits en vente ni même de museler le trafic. Par ailleurs, les pays qui procèdent à sa légalisation voient le nombre de consommateurs doubler.

Alors qu’en France les premières boutiques qui vendent du Chanvre tentent déjà de déroger à la règle des 0,2% de THC, comment voulez-vous assurer le respect d’une légalisation réglementaire du cannabis ?

Pour Christine Soulez, criminologue de l’observatoire de la délinquance et de la répression pénale (ONDRP), « Il ne suffit pas de retirer un produit [de la liste des stupéfiants] pour que le vendeur décide d’aller chercher un travail ou de retourner à l’école. Supprimer le cannabis de la liste des produits illicites ne suffira pas à mettre fin au trafic. En revanche, il faudrait une véritable réflexion sur la consommation en France, car la législation n’est plus adaptée. » (32).


La réforme française en matière de répression des drogues porte ses fruits.




Dernier rapport en date concernant les motifs des condamnations liées aux stupéfiants


En France entre 2014 et 2015, 56% des infractions relevées par les services de police étaient liées aux stupéfiants.

Parmi les 56% concernées, 80% des infractions visent l’usage simple de drogues et 90% étaient relatives au cannabis. Finalement selon l’observatoire international des prisons, 20% de la population carcérale Française est incarcérée pour des affaires de stupéfiants. En revanche, seulement 2% des détenus sont retenus pour des raisons de trafic de stupéfiants (33). Les chiffres parlent d’eux même, la répression liée aux stupéfiants touche principalement les victimes de la drogue. L'UNODC souhaite promouvoir « le droit à la santé des toxicomanes: ceux-ci doivent obtenir une aide et être réinsérés dans la société. La toxicomanie est une maladie et on ne doit pas incarcérer ceux qui en sont affligés, ni leur tirer dessus » (34). Dans cette même optique, selon l'ONUDC, il est nécessaire de mener une vaste campagne de prévention ainsi que favoriser l’éducation, le sport et l’emploi pour les jeunes. De sorte à les éloigner le plus possible de ce qui pourrait être nuisible à leur développement (34).


Dans cette structure de pensée, l'amende forfaitaire est une réforme rationnelle.

L’amende forfaitaire sensibilise les usagers en leur imposant une consommation strictement privée. Par ailleurs, elle est aussi le fruit d’une réflexion sur le désengorgement des prisons et des tribunaux. Permettant ainsi aux forces de l’ordre et aux institutions judiciaires de recentrer leurs forces d’action et d’intervention sur des missions plus importantes. Tel que la lutte contre le trafic de stupéfiants. Par cette mesure, le Premier ministre, Jean Castex entend « s’attaquer aux deux bouts de la chaîne, des grands trafiquants de drogues aux consommateurs ». (35).



Un problème qui doit être traité à la source.


Pour limiter la consommation de cannabis, il faut juguler les exportations depuis leurs origines. Pour cela une lutte internationale commune doit être instituée et renforcée, facilitant une meilleure communication des renseignements et des moyens d’action communs.


La culture de cannabis un poids non négligeable sur l’environnement


On constate une grande consommation d’eau, d’électricité ainsi qu’une large palette de produits chimiques pour obtenir des rendements plus compétitifs. La faune et la flore subissent l'impact de ces modes de production intensifs : dérèglement de la chaîne alimentaire, érosion des sols, pollution des nappes phréatiques … (36). Ainsi, une question se pose encore : le poids de la culture intempestive de cannabis sur l’écosystème est-il nécessaire ?


Existe-il Une Solution ?


En conclusion, la totalité des pays qui ont légalisé ou dépénalisé le cannabis font face à leur échec. Alors que l’objectif initial étant de contrôler le marché et de mettre un terme à la criminalité, la constat est tout autre. Les Pays-Bas sont devenus un « Narco-Etat » gangrené par la pègre. On constate aussi que toute législation favorable au cannabis mène à la diversification des drogues en circulation.

En revanche la France opte pour une politique de répression stratégique, misant sur une concentration des efforts dans la lutte contre le trafic de stupéfiants. Et l’amende forfaitaire se révèle être d’une aide fondamentale pour la financer et détourner l’usage du cannabis de la sphère publique. Une mesure qui entre aussi dans une perspective de désengorgement des tribunaux et des prisons.

Si le chanvre se révèle être un outil médicinal par excellence, il n’en demeure que le cannabis est une drogue. Une drogue aux effets secondaires délétères tant sur le plan physique, psychiatrique que social. Maintenir la prohibition du cannabis c’est une manière de protéger la population contre une substance dangereuse qui se banalise dans l’esprit collectif.

Partant du principe que le cannabis n’est pas une « drogue douce » mais une « drogue dure » aux effets secondaires parfois permanents, il est important de sensibiliser la population. Tout particulièrement les jeunes pour lesquels la consommation pendant la maturation cérébrale (de 0 à 25 ans) se révèle être très dangereuse.

Dans cette optique, les Pays-Bas ont mené une large campagne de sensibilisation et de prévention, visant principalement les jeunes. Le résultat est très encourageant: la consommation juvénile a très largement régressé.

Si nous devions tirer une moralité de cette étude, il conviendrait de rappeler l’impératif de sensibilisation des plus jeunes, arme imparable pour enrayer la consommation de drogues.


En 2018, le Premier ministre des Pays-Bas Mark Rutte, disait « La marijuana d’aujourd’hui est bien plus forte [qu’avant] et est mauvaise pour la santé, surtout des jeunes », « N’en fumez pas du tout ! » (37).



Je finirai sur ces mots : Mieux vaut prévenir que guérir.


César Abat,

Membre du conseil d'administration de Ligere.fr




Sources :


(1) https://fr.statista.com/themes/3187/les-drogues-en-france/

(2) https://www.lemonde.fr/sante/article/2018/11/24/cannabis-l-assemblee-adopte-la-creation-d-une-amende-forfaitaire_5387883_1651302.html

(3) https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/33617-France-l-experimentation-cannabis-therapeutique-peine-voir-jour

(4) https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/5616-Cannabis-alcool-les-plus-de-40-ans-inquietent-les-medecins

(5) https://www.humboldtseeds.net/fr/blog/cannabis-aujourdhui-5-fois-plus-puissant-annees-80/

(6) https://www.ouest-france.fr/societe/cannabis/le-maire-lr-de-reims-veut-tester-la-legalisation-du-cannabis-6969646

(7) https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/5938-Cannabis-l-Academie-de-medecine-tire-la-sonnette-d-alarme

(8) https://france3-regions.francetvinfo.fr/centre-val-de-loire/loiret/legalisation-du-cannabis-amendes-forfaitaires-qu-pensent-nos-deputes-centre-val-loire-1872052.html

(9) https://www.leparisien.fr/societe/amine-benyamina-docteur-addictions-07-10-2018-7912917.php

(10)https://www.leparisien.fr/faits-divers/trafic-de-drogue-le-cannabis-est-de-plus-en-plus-fort-24-04-2019-8059113.php

(11) https://www.lefigaro.fr/sciences/2006/03/28/01008-20060328ARTFIG90018-la_fumee_de_cannabis_plus_toxique_que_celle_du_tabac.php

(12) https://www.drogues.gouv.fr/sites/drogues.gouv.fr/files/atoms/files/mildeca_dossier_jeunes_addictions_2018-03-10.pdf

(13) https://sante.lefigaro.fr/actualite/2012/04/19/18021-gravite-troubles-lies-cannabis-est-sous-estimee

(14) https://www.atlantico.fr/decryptage/3347131/cannabis-et-declenchement-de-schizophrenie--la-bombe-a-retardement-de-la-super-skunk

(15) https://www.drogues.gouv.fr/lessentiel-jeunes-cannabis

(16) https://www.drogues.gouv.fr/comprendre/les-produits/cannabis

(17) https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-monde-est-a-nous/legalisation-du-cannabis-paradis-ou-enfer-pour-les-adeptes-de-la-fumette_3806367.html

(18) https://www.interpol.int/fr/Infractions/Trafic-de-stupefiants

(19) https://news.un.org/fr/story/2019/07/1047041

(20) https://www.lemonde.fr/sante/article/2020/10/04/pas-de-drogue-douce-des-elus-lr-opposes-a-la-legalisation-du-cannabis_6054686_1651302.html?utm_term=Autofeed&utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR3Zbi6k7ShLkv1s0pvVDznBdwtVshZfYWGNSlwTmKZwUHV2Zupf-8Gn5Zc#Echobox=1601800381

(21) (22) (23) https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1347262/marche-noir-cannabis-pot-crime-organise-vente-canada-legalisation

(24) https://www.atlantico.fr/decryptage/3562405/mauvaise-surprise-californie-attendait-baisse-criminalite-suite-legalisation-cannabis-constate-inverse-franck-zobel-stephane-quere

(25) https://www.lepoint.fr/societe/les-chiffres-du-trafic-de-stupefiants-en-france-16-09-2019-2336030_23.php

(26) https://www.leparisien.fr/societe/la-legalisation-du-cannabis-entraine-t-elle-une-hausse-de-la-consommation-20-06-2019-8099028.php

(27) https://www.europeandatajournalism.eu/fre/News/News-data/La-pandemie-agite-le-marche-de-la-drogue

(28) http://grandangle.nl/archives/4010

(29) https://www.lemonde.fr/m-actu/article/2018/03/05/pour-les-policiers-neerlandais-les-pays-bas-sont-devenus-un-etat-narco_5265700_4497186.html

(30) https://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/n-en-fumez-pas-du-tout-pays-bas-le-premier-ministre-deconseille-le-cannabis_2044498.html

(31) https://rsf-ch.ch/pays-bas-le-siege-du-journal-de-telegraaf-cible-dun-attentat-a-amsterdam/

(31-bis) https://www.courrierinternational.com/une/danemark-fusillade-christiania-la-ville-libre-nest-plus-libre

(32) https://www.20minutes.fr/societe/1819475-20160404-legalisation-cannabis-solution-miracle-contre-criminalite

(33) https://www.liberation.fr/debats/2020/09/10/legalisation-du-cannabis-le-courage-d-abandonner-la-lachete_1799117

(34) https://www.unodc.org/documents/wdr/WDR_2009/Executive_summary_French.pdf

(35) https://news.knowledia.com/FR/fr/articles/legalisation-du-cannabis-paradis-ou-enfer-pour-les-adeptes-de-la-5bc4e760e723eaa6eb4999fcf7139e6483b22b48

(36) https://www.drogues.gouv.fr/lessentiel-jeunes-cannabis

(37) https://rsf-ch.ch/pays-bas-le-siege-du-journal-de-telegraaf-cible-dun-attentat-a-amsterdam/