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Politique et numérique: quel avenir?

Fort d'une expérience de plus de 10 ans dans le monde des télécommunications, Pierre-Emmanuel Klotz, directeur des services manages chez Orange, nous expose ici sa vision des liens que doivent entretenir Politique et Numérique. Sans une responsabilisation du secteur du digital, les risques encourus tant pour l'environnement que pour l'image de la classe politique sont importants.


Un support digital et médiatique devenu essentiel pour la classe politique.


Dans cet écrit, nous allons essayer de ne pas afficher trop d’évidences faciles, qui viendraient à l’encontre de mes pensées sur la digitalisation fulgurante que l’on observe.


Parmi ces pensées, le constat de l’incapacité d’un politique aujourd’hui à sortir de l’anonymat ou même à réussir une carrière sans support digital et médiatique, alors même que ces supports vont à l’encontre d’idées politiques qu’il est impossible de ne pas aborder et qui sont celles de l’écologie et de la sauvegarde de notre planète.


Nos grands opérateurs français ont pour certains multipliés par 100 leurs bandes passantes réseaux en l’espace de quelques années et nous n’en sommes qu’aux prémisses.


Avez-vous seulement entendu parler de toutes ces technologies révolutionnaires qui arrivent ? IOT, 5G … toujours plus de données, toujours plus d’utilisation, toujours plus de stockage. En 2023, on estime que nous aurons 43 billion d’objets connectés qui délivreront chacun des informations sur une multitude de domaines. La 5G bouleversera plusieurs secteurs d’activité, elle multiplie par dix le débit de la 4G, 1 M d’appareils peuvent se connecter au kilomètre carré comparativement aux 2000 possibles avec la 4G. Seront touchés le tourisme, la santé, le sport et toute activité demandant du partage de données: une révolution qui accroîtra la rapidité d’arrivée de l’information mais aussi le volume de données.


Des enjeux de taille, à la hauteur des bénéfices du numérique.


Avez-vous entendu parler de ce projet gargantuesque de réseaux satellites qui couvrirait le monde entier et envahirait notre espace aérien, offrant de la connectivité à haut débit au monde entier?


Des enjeux de taille pour stocker, analyser, filtrer ces données sans augmenter l'empreinte carbone de nos sociétés.


Avez-vous jamais visité un data center, long et large comme des dizaines de stade de football, avec une consommation énergétique équivalente à plusieurs villes de plusieurs millions d’habitants ?


Nos enfants sont nés dedans, pas possible de reculer. Impossible, à moins de vivre sur une île déserte, de faire sans.


Grand paradoxe donc, qu’une classe politique mise en avant via les réseaux sociaux et donc des supports digitaux, mais soucieuse aussi de l’écologie et de l’énergie qu’ils doivent prendre en compte dans leur campagnes.

Au travers du petit écran de 10cm qui habite votre poche en permanence, le monde s’ouvre à vous, pour le meilleur et pour le pire, du bout du doigt, vous touchez une mine d’informations, de services, de quoi se ruiner en 3 clics, de quoi se créer une image en quelques navigations.


Un politique peut donc dès demain, au travers de quelques communautés et si il se fait accompagner d’un bon médiateur et d’un connaisseur des réseaux sociaux, se faire une image et toucher plusieurs milliers de personnes. Il peut aussi, si ses messages ne sont ni cohérents ni positifs, détruire son image en quelque minutes.


Avec toutes les données qui transitent sur la toile, se pose le problème de l’intégrité de celles-ci: données bancaires, données de santé, données privées, les lois fourmillent sur ce sujet mais sont difficilement appliquées.


Nos entreprises investissent massivement dans le domaine de la sécurité active et passive, réactive et proactive.


L’autre danger de cette communication digitale est l’absence de communication physique et donc l’absence de 50% de la communication: le non verbal. Les interprétations sont donc multiples et les messages souvent dévoyés de leur sens premier.

Les messages digitaux ou même cachés derrière un écran sont autrement différents quand ils sont passés en réel devant des milliers de personnes dans un stade ou même un amphithéâtre. Imaginez seulement notre président parler avec la même assurance au journal de 20h que devant l’équivalent des quelques millions de téléspectateurs réunis dans un même espace.


Quel usage responsable pour le digital?


Le digital n’est donc ni bon ni mauvais mais demande un usage pertinent et intelligent.

Des solutions, bien connues de tous peuvent répondre à ces problématiques. D’abord, l’utilisation massive d’infrastructures virtuelles qui concentrent en un même lieu toutes les dernières technologies en terme de stockage et de sécurité permet de réduire drastiquement l'empreinte carbone du système d’information de nos entreprises.

On sait que les mails représentent des villes entières en énergie, une loi sur l’autodestruction des mails si ils ne sont pas tagués importants permettrait d’en supprimer 90%. La limitation à deux boîtes mails par utilisateurs pourrait faire disparaître les boîtes fantômes qui polluent notre planète.


Aussi, il faudrait instaurer une loi sur la politique de la sécurité: comment peut-on tolérer le recours possible au darknet, là ou tous les usages sont contrôlés par de grands gouvernements sans difficultés? Il faudrait que l’état investisse massivement dans des experts technophiles et qu’un ministère du numérique qui les emploie ne soit non plus un sous ensemble, un secrétariat d’état, mais un ministère à part entière. Car c’est une réalité: le numérique vas piloter le monde de demain. Ce ministère aurait pour rôle de dicter la réglementation, et de s’ériger comme l’une des plus grandes composantes des gouvernements de demain.


La communication digitale doit rester et ne peut disparaître, elle n’est pas parfaite mais permet à certains isolés de sortir de leur mutisme.

Le politique de demain devra favoriser l’usage d’un digital intelligent, sécurisé et social, qui rapproche plus qu’il ne ségrège. Les débats ou les discours, quand ils sont numériques, ne devraient pas avoir une valeur équivalente à celle d’un débat public.


Pour conclure cet article, j’aimerai m’appuyer sur la situation actuelle. Nous ne pouvons blâmer le digital qui permet à nos entreprises de faire travailler leurs salariés depuis leur domicile, et ce dans une continuité de service acceptable. Cependant on peut questionner ici le pouvoir de cette digitalisation qui permet à tout un chacun de mélanger vie professionnelle et vie privée, communication permanente et faible risque sanitaire. Tout se passe et tout continue grâce à ce lien perếtuel, mais quelle valeur reste-il pour la fraternité?


Pierre Emmanuel Klotz

Directeur des service manages chez Orange.


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